jeudi 21 septembre 2017

CLIQUE SUR "PIETON"

CLIQUE SUR PIÉTON

(SLAM décontracté,

un clin d’œil à Yuval Noah Harari pour HOMO DEUS)




« Tournez légèrement à droite,
prenez la troisième sortie ».
Tu es un véhicule, tu n’as jamais su
quelle ville tu traversais.
Es-tu toujours en Alsace
ou déjà en Champagne ?
Qu’importe, tu fais confiance ;
laisse-toi guider.

Et dans Paris ?
Te voilà arpentant les rues.
« Ah, mais je ne comprends plus l’itinéraire,
on me fait obliquer bien trop loin. »
Eh bien clique sur « piéton »
et le tour est joué.
Tu es autorisé aux allées étroites ,
aux sens interdits.

Et si un jour tu veux la voiture autonome
qui se dirige toute seule
vers la destination programmée,
sois donc cette voiture.
L’homo sapiens aura encore muté.
Oublie tes sensations
oublie les appellations
et laisse-toi transporter.

Un jour tu programmeras
que tu es un ballon ou un revolver.
Homo sapiens en tir au but
ou en coup de feu.
Cherche l’appli
qui s’y prête le mieux.
Développeurs, à vos claviers !
Tout se vend, tout se paie.


Et l’homme achète.
D’ailleurs, il ne fait que cela :
du « shopping ».
Mais il clique aussi sur la pub ;
le développeur est comblé.
Cinq cent clicks sur les publicités
ont rapporté trois cents euros
dans la journée.

« Travailler » voudra dire
« aller se coucher
pendant que d’autres cliquent
sur les pubs ciblées ».
Il n’y a pas que les vitrines en ville
pour vous allécher.
Il y a aussi les images
sur nos objets connectés.


Mieux encore : ces derniers
lisent dans nos pensées.
Tu lis, et le livre te regarde.
Ta liseuse te collecte et t’analyse.
Oui, les livres trahissent leur lecteur,
le vendent au diable,
par ces mêmes pubs
dont il reçoit la pitance.

Tu perçois ton salaire
grâce à ton appli
à publicités ?
Ton livre inverse les rôles
et tu te laisses tenter.
Suis les suggestions,
clique, clique
et paye.


Tu avais peur d’être cloné ?
Peur d’être transhumané ?
Cyborg, te voilà rassuré !
Nous marchons tous Smartphone à la main ;
un prolongement technologique
en bout de bras,
un cyber-cerveau
au bout des doigts.

Auparavant, c’était la cigarette
qui nous rendait manchot ;
à présent c’est notre téléphone.
Téléphone ?
Quel nom bizarre pour un boîtier
à GPS, une Google encyclope-édit,
un messager de Morse,
un appareil photo, une caméra vidéo.

Technologies, à vos claviers !
Ne bottez pas en touche.
Les cyborgs au pavé numérique
nous lysent par icônes interposées.
Le tactile n’est plus érotique :
on le tapote pour muter.
Comment les selfies
vont-ils donc s’y retrouver ?



mp




vendredi 25 août 2017

RACONTE-LUI LE CIEL




Il lève les yeux
et contemple le ciel
L’immensité l’appelle
dans son apesanteur

la clarté le terrasse

et la nuit il titube

L’infini de l’univers
prononce son nom
mais l’espace infranchissable
de notre monde moite
le retient prisonnier
en son haleine de poisson.

Couché sur le dos
l’Homme attend
son corps se détend.
Alors il parle aux galaxies

il est seul, il espère

mais n’entend que le vent sur la terre.


mp


 

lundi 21 août 2017

BRETAGNE




Où est-elle
ma lumineuse
grise et bleue

celle qui vit
de son vent fou
de ses marées

celle qui prête ses rêves
aux grèves mouillées

qui couvre de sable chaud
les pieds sans repos ?


mp

 


ENTRE VIGNE ET LAVANDE




Entre vigne et lavande
s’égare la route
parcours de doutes

Fraîcheur du matin
sous les bourrasques
balayage du destin

Un vol de grues
prend le vent
et bat le rappel

de l’hiver



mp



samedi 3 juin 2017

SUMMERTIME LADY



After «Wintertime Lady» (see 1.01.2015):
SUMMERTIME LADY

The Sainte Victoire Ridge in summer
(Aix-en-Provence)



Against the milky sky
that weighs on the woods
she hoists her heavy folds
above the sleepy hills.

She dozes
torpid
thick and chalky

She has done
ruling over plains
commanding
the chimneys of Gardanne

She is a dead volcano
a white-haired woman
she is no longer Cézanne’s.


mp

 

dimanche 28 mai 2017

LA SAINTE VICTOIRE EN ETE








Dans le ciel laiteux
qui écrase la pinède
elle se hisse au loin
lourde parmi les collines

somnolente
pâteuse, crayeuse
indolente

Elle ne règne plus
sur la plaine
ne commande plus
aux cheminées de Gardanne

elle est un volcan éteint
une vieille aux cheveux blancs
elle a renié Cézanne.


mp


mercredi 5 avril 2017

VOL DE NUIT



Je survole la Terre
où les hommes saupoudrent
leurs lumières
sur le désert de la nuit
comme les oies sauvages
se regroupent
et ondoient
avant le grand voyage.


Des fanaux clignotent
sporadiques
au rythme des lampes
qu’on allume.


Sous le ventre de l’avion
je surprends des vies
des vies à deux
la chambre à coucher s’éteint.
Enfin la caresse du vent
souffle chaque bougie
comme la paume de la main
nous fermera les yeux.



mp


jeudi 16 février 2017

LE TEMPS SE VIDE










Le village est coquet

mais les maisons sont vides




Le temps aussi se vide



il avance à tâtons
  
de crête de colline 
 
en éperon rocheux




il avance en vagues lourdes

spasmes de son ventre vide

sur les plis rugueux




le temps se dévide



jusqu’au pied des falaises

où le vent ride l’eau salée






                                               
                                                            mp




dimanche 29 janvier 2017

REMPART

 
Dans le silence solitaire
le ciel étire ses bras
et force ses doigts blancs
entre branches et racines
d’un pommier couché tel un rempart

La mer monte du marais
et se déverse à son pied
il ne sait plus s'il doit
la laisser passer
ou si seul le ciel a le droit d'avancer.

Ils ont la même teinte
ils se coulent où bon leur semble
le vent se mêle au jeu
la mer se mêle au ciel
et toi tu pleures le vieux pommier. 

 mp
 

samedi 14 janvier 2017

APRES NOEL





Noël tourne le dos
on déshabille le sapin
Il ne sent plus la sève et la résine
mais le fagot, l’herbe sèche
et le foin

Les boules sont presque plus belles
rangées dans leur boîte
sur un lit de guirlandes
qui scintillent dans le soleil
de janvier

Elles rappellent ces soirs de décembre
où l’on s’agenouille devant le carton de l’enfance
dont on défait la ficelle avec lenteur
pour qu’il propose à nouveau
sa magie

Dans le galbe au reflets rouges
une chevelure, un visage, une maison
C’est tout un monde qui surgit
qui nous regarde et nous reparle
de Noël

C’est la lumière du ciel
sur une boule de cristal
C’est une année nouvelle
qui déjà prend
rendez-vous.
 



                                                      mp